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THE
NIGHT OF LOVELESS NIGHTS [1]
Nuit
putride et glaciale, épouvantable nuit,
Nuit du fantôme infirme et des plantes pourries,
Incandescente nuit, flamme et feu dans les puits,
Ténèbres sans éclairs, mensonges et roueries.
Qui
me regarde ainsi au fracas des rivières ?
Noyés, pêcheurs, marins? Éclatez les tumeurs
Malignes sur la peau des ombres passagères,
Ces yeux m'ont déjà vu, retentissez clameurs !
Le
soleil ce jour-là couchait dans la cité
L'ombre des marronniers au pied des édifices,
Les étendards claquaient sur les tours et l'été
Amoncelait ses fruits pour d'annuels sacrifices.
Tu
viens de loin, c'est entendu, vomisseur de couleuvres,
Héros, bien sûr, assassin morne, l'amoureux
Sans douleur disparaît, et toi, fils de tes uvres
Suicidé, rougis-tu du désir d'être heureux ?
Fantôme,
c'est ma glace où la nuit se prolonge
Parmi les cercueils froids et les curs dégouttants,
L'amour cuit et recuit comme une fausse oronge
Et l'ombre d'une amante aux mains d'un impotent.
Et
pourtant tu n'es pas de ceux que je dédaigne.
Ah ! serrons-nous les mains, mon frère, embrassons-nous
Parmi les billets doux, les rubans et les peignes,
La prière jamais n'a sali tes genoux.
Tu
cherchais dans la plage aux pieds des rochers droits
La crique où vont s'échouer les étoiles marines
:
C'était le soir, des feux à travers le ciel froid
Naviguaient et, rêvant au milieu des salines,
Tu
voyais circuler des frégates sans nom
Dans l'éclaboussement des chutes impossibles.
Où sont ces soirs ? Ô flots rechargez vos canons
Car le ciel en rumeur est encombré de cibles.
Quel
destin t'enchaîna pour servir les sévères,
Celles dont les cheveux charment les colibris,
Celles dont les seins durs sont un fatal abri
Et celles dont la nuque est un nid de mystère,
Celles
rencontrées nues dans les nuits de naufrage,
Celles des incendies et celles des déserts,
Celles qui sont flétries par l'amour avant l'âge,
Celles qui pour mentir gardent les yeux sincères,
Celles
au cur profond, celles aux belles jambes,
Celles dont le sourire est subtil et méchant,
Celles dont la tendresse est un diamant qui flambe
Et celles dont les reins balancent en marchant,
Celles
dont la culotte étroite étreint les cuisses,
Celles qui, sous la jupe, ont un pantalon blanc
Laissant un peu de chair libre par artifice
Entre la jarretière et le flots des volants,
Celles
que tu suivis dans l'espoir ou le doute,
Celles que tu suivis ne se retournaient pas
Et les bouquets fanés qu'elles jetaient en route
T'entraînèrent longtemps au hasard de leurs pas
Mais
tu les poursuivras à la mort sans répit,
Les yeux las de percer des ténèbres moroses,
De voir lever le jour sur le ciel de leur lit
Et d'abriter leur ombre en tes prunelles closes.
Une
rose à la bouche et les yeux caressants
Elles s'acharneront avec des mains cruelles
À torturer ton cur, à répandre ton sang
Comme pour les punir d'avoir battu pour elles.
Heureux
s'il suffisait, pour se faire aimer d'elles,
D'affronter sans faiblir des dangers merveilleux
Et de toujours garder l'âme et le cur fidèle
Pour lire la tendresse aux éclairs de leurs yeux,
Mais
les plus audacieux, sinon les plus sincères,
Volent à pleine bouche à leur bouche un aveu
Et devant nos pensées, comme aux proues les chimères,
Resplendit leur sourire et flottent leurs cheveux.
Car
l'unique régit l'amour et ses douleurs,
Lui seul a possédé les âmes passionnées
Les uns s'étant soumis à sa loi par malheur
N'ont connu qu'un bourreau pendant maintes années.
D'autres
l'ont poursuivi dans ses métamorphoses:
Après les yeux très bleus voici les yeux très
noir
Brillant dans un visage où se flétrit la rose,
Plus profonds que le ciel et que le désespoir.
Maître
de leur sommeil et de leurs insomnies
Il les entraîne en foule, à travers les pays,
Vers des mers éventrées et des épiphanies
La marée sera haute et l'étoile a failli.
segunda
parte >
©
Robert
Desnos
Traducción
de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán
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